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Pas de danse techno : running man, shuffle, hakken et leurs scènes

Actualisé le

Danseurs sur une piste de musique techno

Les pas de danse techno se jouent avec les jambes : chaque mouvement tombe juste sur la grosse caisse, du running man au T-step, du shuffle de Melbourne au hakken de Rotterdam. Ce style de musique électronique né à Detroit a ses gestes, ses tutos et ses scènes, que la Techno Parade de Paris réunit chaque année.

Le socle
Le running man et le T-step, deux mouvements de base que reprend presque chaque style de danse techno.
Les scènes
Detroit et New York pour la musique, Melbourne pour le shuffle, Rotterdam pour le hakken, Rungis pour la tecktonik.
Apprendre
Danser un pas à la fois sur un tempo lent, puis relier des blocs de huit temps : la meilleure méthode pour progresser d'une année sur l'autre.

Pourquoi la techno fait travailler les jambes avant les bras

La danse techno repose sur les jambes parce que la musique techno avance sur une grosse caisse frappée à chaque temps, du premier au dernier battement d'un morceau. Ce pilonnage régulier, le « four on the floor » des producteurs, donne au danseur un repère constant : chaque appui tombe sur un coup de grosse caisse, et le corps suit le rythme de la musique sans avoir à le chercher. Le tempo, le plus souvent compris entre 120 et 140 battements par minute selon le sous-genre, impose des gestes courts et répétés que seuls les pieds peuvent tenir pendant des heures. Les écarts de tempo entre house, techno et hardcore figurent dans le relevé du BPM de la musique électronique genre par genre.

Le haut du corps reste plus libre. Les mouvements de bras servent surtout l'équilibre, quelques ouvertures accompagnent un break, mais la figure se lit dans les jambes. La tecktonik et les mouvements de l'électro dance française font l'inverse : les bras y tracent des lignes et des cercles au-dessus de la tête. Cette répartition explique aussi la parenté entre les scènes techno. Les mêmes appuis glissés se retrouvent dans les clubs berlinois, sur les terrains des free parties et dans les vidéos de danseurs en ligne ; seule la vitesse varie, avec le morceau.

De Detroit à la Techno Parade, une culture née dans les clubs

La techno de Detroit prend forme au milieu des années 1980 autour de trois amis de lycée de Belleville, Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson. Ils empruntent aux synthétiseurs de Kraftwerk et à la disco électronique que Giorgio Moroder avait produite pour Donna Summer avec « I Feel Love », en 1977, un titre disco entièrement porté par les machines. La musique électronique de Detroit garde de la disco sa pulsation régulière et l'envie de faire bouger les gens, en y ajoutant une froideur industrielle. À la même période, à Chicago, la house music s'invente au Warehouse, le club où mixe Frankie Knuckles, et la musique house gagne vite New York.

Les danseurs suivent la musique. À New York, la house dance mêle jeu de jambes, glissés et emprunts à la culture hip hop, aux claquettes et à la salsa ; elle reste aujourd'hui une danse urbaine enseignée et pratiquée en battle. En Europe, la techno passe des clubs de Berlin aux raves en plein air, puis aux free parties françaises de la décennie 1990, où la foule tient des nuits entières devant un mur d'enceintes. La musique de danse électronique touche le grand public français avec la première Techno Parade, organisée à Paris en septembre 1998.

Personne ne codifie de pas à cette époque : aucun mouvement de danse n'a de nom, chacun improvise sur la grosse caisse. Les noms et les techniques arrivent ensuite, quand des scènes locales fixent leur propre vocabulaire de gestes et que les vidéos les font circuler d'un continent à l'autre.

Running man, T-step, heel-toe : les pas de danse courants pour débuter

Le running man, une course qui n'avance pas

Le running man est le premier pas à travailler, parce qu'il installe le rythme. Le danseur lève un genou pendant que l'autre pied glisse vers l'arrière, puis il inverse, sur chaque temps. Le mouvement donne l'illusion d'une course sur place, et la plupart des enchaînements partent de lui. Le bon réflexe consiste à garder le buste droit et les genoux souples : un dos penché fatigue vite et casse l'illusion.

Le T-step, pour se déplacer de côté

Le T-step se fait sur une seule jambe d'appui. Le pied libre s'ouvre puis se referme en dessinant la barre d'un T, pendant que le talon de la jambe d'appui pivote vers l'extérieur puis vers l'intérieur. Répété des deux côtés, ce pas fait voyager le danseur latéralement, ce qui permet de sortir d'un groupe ou de revenir au centre de la piste de danse.

Le heel-toe, une respiration entre deux pas

Le heel-toe alterne le talon puis la pointe d'un même pied, posés devant soi. Ce geste discret s'intercale entre deux pas plus amples et laisse le temps de reprendre son souffle sans quitter le rythme. Il sert aussi de transition quand le morceau ralentit ou retire la grosse caisse.

Shuffle, jumpstyle, hakken et tecktonik, un pas pour chaque scène

Chaque sous-genre de techno a produit son style de danse, lié à une ville et à une musique précises.

  • Le shuffle, ou Melbourne shuffle, naît dans les raves de Melbourne à la fin des années 1980. Il enchaîne running man et T-step à grande vitesse, avec des glissés qui donnent une impression de patinage. Les vidéos partagées sur YouTube le font connaître bien au-delà de l'Australie dans la décennie 2000, souvent sur de l'electro house ou de la techno mélodique.
  • Le jumpstyle apparaît au début des années 2000 en Belgique et aux Pays-Bas, sur du hardstyle (parfois écrit hard style), une musique plus dure. Le danseur saute et lance les jambes vers l'avant ou sur le côté, seul ou en duo synchronisé.
  • Le hakken accompagne le gabber de Rotterdam dès la première moitié de la décennie 1990 : sur des tempos très rapides, les pieds frappent le sol en piétinements serrés, le buste presque immobile.
  • Le mouvement tecktonik part du Metropolis, une boîte de nuit de Rungis, au début de la décennie 2000, et devient un phénomène en 2007 avant de retomber. Il mise sur les bras plus que sur les pieds, ce qui le distingue des pas techno nés ailleurs.
PasScène d'origineMusiqueJeu du corpsDifficulté
Running manClubs house et ravesTechno, houseGenou levé, pied glissé vers l'arrièreAccessible
T-stepClubs house et ravesTechno, housePivot du talon, déplacement latéralAccessible
ShuffleMelbourne, AustralieTechno, electro houseGlissés rapidesIntermédiaire
JumpstyleBelgique, Pays-BasHardstyleSauts, jambes lancéesIntermédiaire, très physique
HakkenRotterdam, Pays-BasGabberPiétinements très rapidesExigeant
TecktonikRungis, FranceÉlectro, electro houseBras au-dessus de la têteIntermédiaire

House dance ou pas techno, deux façons d'occuper la piste

La house dance et les pas techno partagent les clubs, mais pas la même gestuelle. La house dance new-yorkaise repose sur trois familles de gestes : le jacking, une ondulation du torse sur chaque temps, le footwork, un jeu de pieds très varié, et le lofting, des passages au sol empruntés au breakdance. Le danseur y improvise sans cesse et change de figure à chaque phrase musicale.

Les pas techno suivent une autre logique. Ils répètent un même motif pendant de longues séquences, parce que la techno elle-même avance par boucles et par ajouts progressifs plutôt que par refrains. Le running man ou le hakken se tiennent ainsi plusieurs minutes, avec de petites variations, là où un danseur house en aurait enchaîné une dizaine. Cette répétition n'a rien d'une faiblesse : elle accompagne la transe recherchée sur une longue nuit, et elle rend les pas techno faciles à partager entre inconnus sur une même piste.

Apprendre à danser la techno seul, avec un tuto ou un cours

Apprendre à danser la techno ne demande pas d'école : la plupart des danseurs commencent devant un miroir, avec un tuto pour apprendre un pas à la fois. Les vidéos tapées sous « techno dance moves » ou « shuffle tutorial » décomposent les gestes au ralenti, puis les remettent au tempo. Le meilleur ordre reste celui de la difficulté : running man, puis T-step, puis leur combinaison en shuffle.

Un tutoriel bien construit montre le pas de face puis de dos, ce qui évite au débutant d'inverser les pieds. La meilleure façon de progresser consiste à filmer ses propres essais et à les comparer au tutoriel, image par image : le geste juste se voit tout de suite. Une playlist dédiée, classée du tempo le plus lent au plus rapide, sert de programme d'entraînement. Rejouée chaque jour, la même playlist montre en un mois ce que le corps apprend, et une seconde playlist plus rapide prend le relais quand la première ne pose plus de difficulté. Les vidéos sur internet ne remplacent pas les gens : danser avec d'autres, en soirée ou en concert, apprend à tenir le rythme quand le son et la foule poussent.

Le tempo compte plus que la vidéo choisie. Commencer sur un morceau autour de 120 battements par minute, puis monter vers 130 et 140, garde des appuis propres ; passer trop tôt à la vitesse réelle produit des pieds qui traînent. Des séances courtes et régulières valent mieux qu'une longue session qui fatigue les mollets et décourage.

Apprendre le hakken demande plus de patience. Le piétinement du gabber se travaille d'abord à mi-vitesse, talons bas, puis s'accélère par paliers ; la souplesse des chevilles évite les douleurs aux tibias. Pour la house dance, des cours existent dans les écoles de hip hop des grandes villes, et des ateliers ponctuels accompagnent parfois les festivals électro.

Danser en boîte de nuit ou en free party sans en faire trop

Danser en boîte de nuit sur de la techno n'exige aucun pas codifié. La foule bouge souvent peu : un balancement d'appuis sur la grosse caisse, des genoux qui plient sur chaque temps, des épaules qui suivent. C'est même la norme sur la techno minimale, où les morceaux longs et dépouillés invitent à une transe discrète plutôt qu'aux figures.

Quelques conseils pour danser sur de la techno au milieu des autres : garder des pas courts quand la piste est pleine, réserver le shuffle ou le jumpstyle aux espaces dégagés, repérer le moment où la grosse caisse revient après un break pour relancer le mouvement. Les gens autour ne regardent pas la technique : ils remarquent surtout celui qui reste juste sur le temps, ou celui qui leur marche sur les pieds. Le conseil le plus répété par les habitués tient à l'écoute : une playlist de DJ set écoutée chez soi apprend à anticiper les montées. En free party, le sol est souvent de l'herbe ou de la terre : des chaussures fermées et un pas moins glissé évitent les entorses. Le vêtement joue aussi, comme le montre la page sur la tenue à adopter en soirée électro.

Ceux qui cherchent une danse sans bouger, ou presque, ont leur réponse : hocher la tête et marquer le temps du talon suffit à rester dans la musique. Le danseur techno n'est pas jugé sur sa technique, mais sur sa façon de suivre le DJ et son techno mix, de la montée au drop.

Construire un enchaînement par blocs de huit temps

Un enchaînement de danse techno se construit par blocs de huit temps, la phrase musicale la plus courante dans ce style. Un premier bloc de running man installe le rythme, un deuxième fait voyager en T-step vers la droite, un troisième ramène au centre par la gauche, et un quatrième glisse un heel-toe ou un tour pour casser la répétition. Trente-deux temps forment ainsi un cycle complet, qui correspond souvent à une section du morceau.

Les changements de section, quand la grosse caisse s'arrête puis revient, offrent le bon moment pour changer de pas ou ajouter des mouvements de bras. La progression la plus sûre consiste à maîtriser chaque pas seul, puis à les relier deux par deux, juste avant d'ajouter les bras. Les genres réunis dans la rubrique styles et caractéristiques de l'électro partagent cette logique de phrases de huit temps, de la house à la trance : un enchaînement appris sur la techno se transpose sans tout réapprendre.

Semelles, genoux et souffle pour tenir toute la nuit

Quelles chaussures choisir pour danser la techno ?

Des chaussures à semelle lisse et plutôt plate facilitent les glissés du shuffle et du running man. Une semelle trop accrocheuse freine le pied et force sur les genoux ; en extérieur, mieux vaut sacrifier un peu de glisse pour une chaussure fermée et stable.

Combien de temps pour apprendre le running man ?

Le running man s'apprend en quelques séances courtes : le geste est simple, c'est sa régularité sur un tempo rapide qui demande de l'entraînement. Le shuffle complet, qui enchaîne running man et T-step, prend plusieurs semaines de pratique régulière.

Comment ménager ses genoux sur une longue soirée ?

Des genoux légèrement fléchis, des pas sautés alternés avec des heel-toe et de l'eau entre deux sets permettent de tenir une nuit. Le hakken et le jumpstyle sollicitent le plus les articulations : mieux vaut les garder pour de courtes séquences.

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