Branchée dans une chaîne de pédales, une guitare électrique peut sonner comme un synthétiseur : la guitare dans la musique électro vient de là. Du riff rock échantillonné au guitariste de scène, elle donne l'attaque que suit la danse électro, sans cours de solfège ni guitare acoustique à maîtriser.
- La guitare électrique entre dans un morceau électro sous trois formes : riff en boucle, son transformé, échantillon découpé.
- Le rock, le funk et le jazz fusion ont légué leurs riffs au big beat, à la French touch et à la drum and bass.
- Pour le danseur, la guitare marque les accents : elle annonce une montée, relance un refrain, durcit un break.
La danse électro appartient à un mouvement culturel des années 2000, fait de mouvements rapides des bras, d'isolations du corps et d'une attitude défiante. Elle puise dans plusieurs cultures artistiques et musicales, et de nombreux instruments ont pesé sur son énergie, des machines aux cordes que l'on trouve par exemple chez Arpèges Armand Meyer. Parmi eux, la guitare occupe une place à part : on l'associe au rock, alors qu'elle traverse une bonne partie de l'histoire de la musique électronique.
Comment la guitare et les machines se sont rencontrées
La guitare et la musique électronique se croisent dès les années 1970, bien avant les clubs. Pink Floyd mêle guitares et synthétiseur VCS3 sur l'album The Dark Side of the Moon (1973), où le morceau « On the Run » repose sur une séquence électronique. Le groupe venait du rock psychédélique, et sa palette sonore annonçait déjà le mélange que l'électro pratiquera plus tard.
Un jalon moins connu compte davantage pour les danseurs : E2-E4, enregistré par le musicien allemand Manuel Göttsching en 1981 et publié en 1984. Pendant une heure, une guitare improvise au-dessus d'une séquence de synthétiseur répétée. Les DJ de house et de techno y ont vu un modèle : une boucle stable, et un instrument qui brode dessus sans casser le rythme.
Dans les années 1990, le big beat fait entrer la guitare saturée dans la musique dance. The Prodigy construit « Firestarter » (1996) sur un échantillon de guitare tiré d'un titre des Breeders, et le groupe tourne avec un guitariste sur scène. En 2005, Daft Punk bâtit « Robot Rock » sur un échantillon du groupe Breakwater, puis invite Nile Rodgers, figure du funk, à jouer la guitare rythmique de « Get Lucky » en 2013. Chaque décennie a donc trouvé sa façon de faire entrer les cordes dans la musique électro.
Quels morceaux emblématiques écouter pour entendre la guitare en électro ?
Quelques morceaux emblématiques suffisent pour entendre l'évolution de la guitare dans la musique électronique. Chacun montre une technique différente, et l'écoute de ces titres dans l'ordre chronologique vaut une petite démo de cinquante ans d'histoire.
- « On the Run », Pink Floyd (1973) : séquence de synthétiseur, guitares en arrière-plan, sur un album qui a fait entrer l'électronique dans le rock.
- E2-E4, Manuel Göttsching (1984) : une seule pièce d'une heure, guitare improvisée sur une boucle, reprise plus tard par de nombreux DJ.
- « Firestarter », The Prodigy (1996) : guitare échantillonnée et saturée, chanson très diffusée à la radio et en vidéo à sa sortie.
- « Robot Rock », Daft Punk (2005) : un riff de rock répété jusqu'à la transe, dans une version proche de la boucle de club.
- « Get Lucky », Daft Punk (2013) : guitare funk jouée par Nile Rodgers, sur l'album Random Access Memories.
Ces titres ne relèvent pas du même genre, mais chacun place la guitare au service de la répétition. Le jeu reste simple, souvent sur quelques notes d'une gamme pentatonique héritée du blues, et c'est le traitement qui rend la sonorité complexe. D'autres instruments acoustiques suivent le même chemin : piano, violon ou cordes d'orchestre échantillonnées entrent eux aussi dans la création électro.
Pourquoi la guitare électrique se prête si bien au traitement
Pour comprendre comment fonctionne la guitare électrique, il faut partir de la vibration des cordes. Sur une guitare acoustique, la caisse et sa table d'harmonie amplifient le son ; sur une guitare électrique, des micros magnétiques captent cette vibration et la changent en signal, qui part vers un amplificateur ou une interface audio. Ce signal se modifie à volonté, et c'est ce qui intéresse le producteur d'électro.
Le corps de l'instrument joue aussi. Une solid body, en bois plein comme la Fender Telecaster (lancée au début des années 1950) ou la Gibson Les Paul (1952), résiste au larsen et garde une note longue sous la distorsion. Une hollow body, à caisse creuse, sonne plus rond mais siffle vite à fort volume. Le tableau compare les familles que l'on croise dans un studio électro.
| Type de guitare | Son de départ | Usage en électro |
|---|---|---|
| Guitare classique (cordes nylon) | doux, attaque feutrée | arpèges échantillonnés en deep house ou en downtempo |
| Guitare acoustique (cordes acier) | brillant, percussif | accords grattés en boucle, souvent filtrés |
| Hollow body | rond, boisé | rythmiques funk et disco, jeu en son clair |
| Solid body | tenu, supporte la saturation | riffs saturés du big beat et de l'electro rock |
| Guitare basse | grave, rond | lignes doublées par un synthétiseur, nu disco |
| Lap steel | glissé, planant | nappes et textures ambient |
Une guitare folk reste rare sur une piste de club : son grain acoustique se perd dans une production chargée en basses. Les origines de la danse électro tiennent plutôt aux sonorités de la guitare électrique, plus faciles à tordre et à caler sur un tempo.
Les styles de musique où la guitare croise l'électro
La guitare n'occupe pas la même place selon le genre musical. Certains styles de musique électronique la tiennent à distance, d'autres en font un pilier. Les genres musicaux ci-dessous montrent comment chaque scène l'a adoptée.
Du hard rock à l'industriel
Le hard rock et le heavy metal ont fourni à l'électro sa guitare la plus brute. Led Zeppelin ou Black Sabbath ont fixé dans les années 1970 le riff court et lourd, que les groupes industriels des années 1980 et 1990 ont ensuite mêlé aux boîtes à rythmes. Ce style musical reste proche des salles de concert, avec une puissance sonore pensée pour le pogo plus que pour la danse en ligne.
Funk, disco et French touch
La musique dance doit beaucoup au funk : la guitare rythmique en son clair, jouée en petites notes étouffées par la main droite, donne au disco sa pulsation. La French touch de la fin des années 1990 échantillonne volontiers ces rythmiques, filtrées et mises en boucle. L'effet des autres instruments sur la danse électro suit la même logique de répétition.
Drum and bass et jazz fusion
La drum and bass, avec son tempo rapide et son duo basse batterie, accueille aussi des guitares jouées en direct : le groupe australien Pendulum a tourné avec un instrumentiste sur scène. Le jazz fusion, de son côté, a montré dès les années 1970 qu'une guitare électrique pouvait dialoguer avec des claviers électroniques sans renoncer à l'improvisation.
Riff, son transformé, échantillon : trois usages dans un morceau
Dans un titre électro, la guitare joue rarement en solo du début à la fin. Le producteur la fait intervenir de trois façons, qui se cumulent souvent dans un même morceau.
- Le riff en boucle : une courte phrase répétée, calée sur le tempo, qui sert de repère aux danseurs pour placer leurs isolations.
- Le son transformé : distorsion, filtres et délais rapprochent la guitare du timbre d'un synthétiseur et la fondent dans la production.
- L'échantillon : un accord ou une note enregistrés puis découpés, que le producteur déclenche comme une percussion.
Le son transformé a une longue histoire. Jimi Hendrix popularise à la fin des années 1960 la pédale wah wah, qui balaie les fréquences comme un filtre de synthétiseur ; les producteurs d'électro retrouvent ce geste en tournant le bouton de coupure d'un filtre. La guitare devient alors une source sonore parmi d'autres, et l'auditeur ne sait plus toujours ce qu'il entend.
L'échantillon, lui, a changé la place du musicien. Un riff de quelques secondes, prélevé sur un disque de rock ou de funk, suffit à porter tout un morceau : la guitare est présente sans qu'aucun instrumentiste joue pendant la séance. Ces trois usages ont un point commun : ils renforcent l'attaque du rythme, et c'est cette attaque que la danse électro met en scène avec ses bras.
Ce que la guitare change pour la danse électro
La danse électro se construit sur le rythme et les accents, quel que soit l'instrument qui les produit. La guitare apporte un accent plus sec que la nappe de synthétiseur : un coup de médiator tombe net sur le temps, et le danseur le traduit en geste de bras tranché ou en arrêt brusque. Repérer le moment où la guitare entre dans le morceau aide à varier l'intensité des mouvements.
Ce style de danse s'appuie sur une culture underground. Il reprend des codes du hip-hop, s'inspire de la stylistique punk et fonde sa gestuelle sur le locking, le voguing et le popping. La guitare saturée du big beat convient bien à son attitude défiante, héritée du punk, tandis que la rythmique funk de la French touch appelle des mouvements plus déliés. Pour les gestes de base, la sélection des pas de danse électro les plus connus détaille chaque figure.
La musique électro a gagné un large public en Angleterre lors des rave parties, avant d'inspirer la danse électro née en France puis répandue à l'international. Les festivals français, comme les Vieilles Charrues, programment aujourd'hui des scènes électro aux côtés des concerts rock : la guitare et les machines s'y croisent devant le même public.
Combiner la guitare électrique avec un home studio
Combiner la guitare électrique et la musique électronique demande peu de matériel. La guitare se branche dans une interface audio, qui envoie son signal au logiciel de production ; un simulateur d'amplificateur remplace l'ampli et ses pédales, et l'enregistrement se fait au casque, sans déranger les voisins.
Les simulateurs numériques ont changé la donne pour les producteurs. Un ampli à lampes demande du volume pour bien sonner, alors qu'une modélisation numérique reproduit le grain d'un ampli saturé à faible niveau, et chaque réglage se rappelle d'un clic. Les multi-pédales numériques ajoutent filtres, délais et modulations dans un seul boîtier, ce qui rapproche la guitare d'un instrument de production à part entière.
La difficulté tient surtout au calage. Un riff joué à la main flotte légèrement autour du tempo, alors qu'une boucle de machine tombe toujours au même endroit. Les producteurs corrigent ce flottement par la quantification, ou le gardent pour donner du relief. Synchroniser la guitare avec une boîte à rythmes ou un séquenceur suppose de jouer au métronome, puis de découper l'enregistrement mesure par mesure. Le guide pour choisir une boîte à rythmes aide à composer cette base.
Sur scène, le principe reste le même : la guitare passe par une chaîne de pédales et se synchronise avec le reste de l'installation. Pour réunir ce matériel, voyez les instruments de musique électronique pour mixer sur scène, contrôleurs et claviers compris.
Apprendre la guitare quand on vient de l'électro
Apprendre la guitare pour la musique électro ne demande pas le parcours d'un conservatoire. Un producteur a surtout besoin de quelques accords, d'un riff tenu en rythme et d'une bonne précision de la main droite, celle qui gratte ou pince. La main gauche, qui forme les accords sur le manche, progresse avec la répétition.
Un cours de guitare centré sur la rythmique et le jeu au métronome sert davantage qu'une méthode de solo. Les cours de musique classique ou de jazz manouche apportent une technique solide, mais leur répertoire s'éloigne du club. Des ressources en ligne, en français ou sous l'intitulé anglais « guitar in electronic music », montrent comment enregistrer et traiter une guitare dans un logiciel.
Pour choisir une guitare destinée à l'électro, la solid body reste le choix le plus souple : elle encaisse la distorsion, se branche directement dans une interface et se prête aux traitements les plus poussés. La guitare acoustique garde son intérêt pour des boucles plus organiques, enregistrées au micro. Dans les deux cas, l'instrument compte moins que l'oreille : la guitare dans la musique électro vaut par le rythme qu'elle donne aux danseurs.




