Pour produire de l'électro, prendre un Ableton Push ou Launchpad revient à choisir entre un instrument et une télécommande : le Push 3 fait de chaque pad une note expressive et affiche chaque device ou synth, le Launchpad, compact, lance les clips d'Ableton Live en MIDI et suffit pour débuter.
Ableton Push et Novation Launchpad, deux familles de contrôleurs pour Live
Ableton Push et Novation Launchpad partagent une grille de 64 pads de 8 sur 8, et la ressemblance s'arrête presque là. Le premier Launchpad sort en 2009, conçu par Novation en collaboration avec Ableton pour une seule tâche : déclencher les clips de la vue Session d'Ableton Live, chaque pad correspondant à une case de la grille du logiciel. Le Push arrive en 2013, fabriqué d'abord par Akai, puis entièrement par Ableton à partir du Push 2 en 2015 et du Push 3 en 2023. Son ambition est différente : remplacer la souris pendant toute la production, de la première note au mixage.
Cette différence de projet explique tout le reste. Un Launchpad est un contrôleur MIDI de grille, léger, que l'on branche en USB et qui s'efface derrière le logiciel. Un Push est un instrument de studio, avec écran, encodeurs, bande tactile et pads sensibles, qui affiche les paramètres de chaque synth ou effet et laisse l'ordinateur fermé dans un coin. Le Launchpad suppose de jeter un œil à l'écran dès qu'on règle un son ; le Push a été dessiné pour l'éviter. Dans un setup de studio, le Launchpad se range à côté du clavier, alors que le Push devient le centre du workflow, au même titre qu'un synthé hardware.
Avant de choisir le matériel, il faut avoir choisi le logiciel, le DAW : les deux contrôleurs donnent leur pleine mesure avec Ableton Live, et notre comparatif des logiciels de MAO pour débuter aide à trancher entre Live, FL Studio et Logic. Un Launchpad fonctionne avec d'autres programmes ou des applications iPad, alors que le Push n'a de sens qu'avec Live, là où le Launchpad accepte d'autres DAW.
Différences entre Push et Launchpad, critère par critère
La comparaison entre Push et Launchpad se joue sur six critères : la sensibilité des pads, l'écran, l'autonomie vis-à-vis de l'ordinateur, la connectique, l'encombrement et le budget. Le tableau compare le Push 3 à la gamme Launchpad actuelle (Mini MK3, X et Pro MK3).
| Critère | Ableton Push 3 | Novation Launchpad |
|---|---|---|
| Pads | 64 pads RGB et MPE : vélocité, pression polyphonique, glissement du doigt | 64 pads RGB ; sans vélocité sur le Mini, vélocité et pression sur le X et le Pro |
| Écran et encodeurs | Écran couleur, huit encodeurs, molette de navigation | Aucun écran, aucun encodeur |
| Sans ordinateur | Version Standalone : Live tourne dans l'appareil | Séquenceur intégré sur le Pro MK3 pour piloter du hardware |
| Connectique | Interface audio intégrée, MIDI vers le hardware, entrées pour pédales | USB sur toute la gamme, sorties MIDI vers le hardware sur le Pro |
| Encombrement | Large et lourd, pensé pour le bureau | Le Mini tient dans un sac à dos avec l'ordinateur |
| Budget | Élevé, et plus encore en version Standalone | Modéré pour le Mini, intermédiaire pour le Pro |
Sur le papier, le Push l'emporte sur presque toutes les lignes ; en pratique, la question est de savoir si l'on utilisera l'écran et les pads expressifs. Un producteur qui monte surtout ses morceaux à la souris et ne se sert du contrôleur que pour lancer des boucles paie pour des fonctions qui resteront éteintes. À l'inverse, celui qui veut utiliser son contrôleur pour toute la production d'un morceau trouvera vite le Launchpad trop pauvre en informations affichées.
Push 3 en mode autonome : ce que change la version Standalone
Le Push 3 existe en deux versions : un contrôleur relié à l'ordinateur, et un modèle Standalone qui embarque son propre processeur et fait tourner Ableton Live sans ordinateur. Le Push 3 Standalone devient alors un instrument complet, comparable à une groovebox, où l'on enregistre, découpe des samples, joue des synth et mixe un morceau entier. Ableton propose aussi un kit de mise à niveau (upgrade kit) pour passer du contrôleur à la version Standalone.
Sans ordinateur, le Push 3 garde l'essentiel de Live : clips, devices d'origine, packs de sons. Les plug-ins tiers installés sur l'ordinateur ne suivent pas, et les devices Max for Live ne fonctionnent pas tous de la même manière qu'au studio. Un projet commencé sur le canapé se transfère ensuite vers l'ordinateur pour le finaliser avec les plug-ins habituels.
L'autre apport du Push 3, Standalone ou non, tient à ses pads MPE. Chaque pad réagit à la pression et au mouvement du doigt, ce qui permet de faire vibrer une note de synth, de moduler un filtre note par note ou de phraser une ligne de basse avec des nuances qu'un clavier classique ne donne pas. Live range ces gestes sous les noms Pressure et Slide dans ses outils MPE, ce qui permet de les affecter à n'importe quel paramètre d'un instrument. Ce jeu expressif demande de l'entraînement, mais il fait du Push un vrai instrument et pas seulement une télécommande. Les commandes de transport restent sous la main : le bouton Play, l'enregistrement et le métronome occupent la même rangée, ce qui évite de chercher la barre d'espace.
Push 3 vaut-il l'achat pour un premier studio ?
Le Push 3 vaut l'achat pour un premier studio quand on sait déjà qu'Ableton Live sera son logiciel principal et qu'on veut produire chaque jour. Il remplace alors plusieurs appareils : un contrôleur de pads, une petite interface audio, et même un clavier pour qui accepte de jouer en grille. Pour un débutant qui teste encore la musique électronique, la dépense paraît disproportionnée : un Launchpad Mini et un casque correct suffisent à savoir si l'envie tient, et la page sur les claviers MIDI pour créer des beats montre une autre porte d'entrée, plus classique, pour jouer des mélodies.
La gamme Launchpad : Mini, X et Pro
La gamme Launchpad actuelle de Novation compte trois modèles, tous livrés avec Ableton Live Lite, une version réduite de Live suffisante pour apprendre.
- Launchpad Mini MK3 : le plus compact, 64 pads RGB sans vélocité, quatre modes (Session, Drums, Keys et le mode User pour des affectations personnelles). Il sert à lancer des clips et à programmer des rythmes, pas à jouer avec nuance.
- Launchpad X : même grille, mais des pads sensibles à la vélocité et à la pression. C'est le modèle qui permet d'interpréter des notes et des accords, et de pratiquer le finger drumming sans changer de matériel.
- Launchpad Pro MK3 : pads RGB à pression polyphonique, séquenceur intégré et prises MIDI. Il pilote des synthés hardware et des boîtes à rythmes sans ordinateur, ce qui le rapproche d'un poste de travail matériel.
Avec Ableton Live, chaque Launchpad s'installe sans réglage : la grille de pads reproduit la vue Session, les couleurs des pads suivent celles des clips, et le bouton de scène lance une ligne entière. Hors de Live, le Launchpad reste un contrôleur MIDI générique que d'autres logiciels et des applications iPad comme Loopy Pro savent reconnaître, une souplesse que le Push n'offre pas. Sur le Mini, la disposition Drums reprend les cases d'un Drum Rack, et le device Velocity de Live sait ajouter une part d'aléatoire à la vélocité de notes qui en sont dépourvues : un palliatif utile, pas un jeu nuancé.
La limite de la gamme tient au regard : sans écran, régler un device ou choisir un son oblige à revenir à l'ordinateur, et une session de production finit souvent avec une main sur le Launchpad et l'autre sur la souris.
Quel contrôleur pour quel profil de producteur ?
Le choix entre Ableton Push et Launchpad suit d'abord la manière de travailler, bien avant le budget. Trois profils reviennent chez les producteurs de musique électronique.
Débuter la production musicale avec Ableton Live
Pour débuter la production musicale, le Launchpad Mini ou le Launchpad X sont les choix les plus raisonnables. Live Lite est fourni, la grille apprend la logique des clips et des scènes, et l'appareil garde une valeur d'usage même quand on progresse, comme contrôleur secondaire. Le X a l'avantage de rendre les pads jouables, ce qui évite de racheter un appareil au bout de quelques mois. Avant d'acheter, mieux vaut utiliser la version d'essai de Live Suite pour créer quelques boucles et vérifier que la logique des clips convient à sa façon de travailler. Pour qui hésite encore sur le matériel de rythme, le guide pour choisir sa première boîte à rythmes présente l'autre voie, celle d'une machine dédiée aux beats.
Composer et jouer chaque pad comme un instrument
Le producteur qui compose ses morceaux de A à Z dans Ableton Live, programme ses batteries au doigt et joue ses mélodies sur une grille de gammes a tout intérêt à choisir le Push 3. La disposition Note du Push affiche les notes de la gamme choisie, interdit les fausses notes si on le souhaite, et l'écran montre en direct les paramètres du device sélectionné. Le step sequencing, la découpe de samples et l'automation se font sans souris. Le Push 2, encore utilisable avec Live, offre une bonne partie de ce flux de travail sans pads MPE ni interface audio.
Le live, la scène et le finger drumming
Sur scène, le Launchpad garde un avantage pratique : il est léger, robuste, lisible dans le noir grâce aux couleurs des clips, et plusieurs Launchpad se combinent pour élargir la grille. Le Push 3 Standalone séduit les musiciens qui veulent se produire sans ordinateur, mais il impose de préparer son set dans l'appareil. Un setup de scène mêlant Launchpad et machines hardware reste plus simple à dépanner en cas de panne, chaque appareil gardant son rôle. Pour le finger drumming, les pads du Push 3 et du Launchpad Pro sont les plus précis ; les applications d'apprentissage comme Melodics proposent des leçons de rythme compatibles avec ces contrôleurs.
Peut-on utiliser Push et Launchpad ensemble ?
Push et Launchpad fonctionnent ensemble dans Ableton Live sans conflit : Live accepte plusieurs surfaces de contrôle, chacune avec son propre rectangle de clips. Le montage le plus courant confie au Push la composition et le jeu des instruments, et au Launchpad le lancement des clips, ce qui libère l'écran du Push pour les devices. Certains producteurs ajoutent un Launchpad en mode User pour déclencher des effets ou des macros affectées à la main.
Ce duo a un coût et occupe de la place, mais il répond à une limite réelle du Push : sa grille sert à la fois aux clips et aux notes, et passer d'une vue à l'autre en concert interrompt le jeu. Un Launchpad dédié à la vue Session supprime ce va-et-vient. Le même raisonnement vaut pour un setup qui intègre du hardware : le Push pilote les pistes de Live, le Launchpad Pro séquence les synthés externes, et chaque appareil affiche les informations de son propre rôle.
Limites et pièges de chaque contrôleur
Le Push 3 a trois limites que les fiches produit mettent peu en avant. Il ne sert qu'avec Ableton Live : changer de logiciel le rend presque inutile. Sa courbe d'apprentissage est longue, et beaucoup d'utilisateurs n'exploitent qu'une partie des fonctions la première année. Enfin, la version Standalone ne remplace pas tout un studio d'ordinateur dès qu'on dépend de plug-ins tiers. Sur Reddit, les fils qui comparent Push et Launchpad reviennent souvent sur cette question du workflow : utiliser le Push à moitié, c'est payer un instrument pour s'en servir comme d'un Launchpad.
Le Launchpad a ses propres pièges. Le Mini, sans vélocité, déçoit dès qu'on veut jouer des notes avec nuance ; l'absence d'écran ramène sans cesse vers la souris ; et la version Live Lite fournie limite le nombre de pistes, ce qui pousse vite vers une édition supérieure du logiciel. Acheter un Launchpad pour économiser puis le remplacer par un Push un an plus tard revient souvent plus cher que d'avoir choisi d'emblée le bon outil.
Un dernier piège concerne les deux familles : un contrôleur ne compose pas à la place du musicien. Les ressources d'Ableton, comme les sites Learning Music et Learning Synths ou le livre Making Music de Dennis DeSantis publié par Ableton, aident davantage à progresser qu'un appareil plus cher, et un formateur certifié Ableton (Ableton Certified Trainer) accélère la prise en main de l'un comme de l'autre.
Compatibilité, autonomie et apprentissage du Push et du Launchpad
Quel contrôleur est le meilleur pour Ableton Live ?
Le Push 3 est le contrôleur le plus complet pour Ableton Live, puisqu'Ableton le conçoit pour son propre logiciel et qu'il donne accès aux devices, aux clips et au mixage sans souris. Le Launchpad reste le meilleur rapport entre simplicité et prix pour lancer des clips et débuter.
Le Push est-il autonome ?
Le Push 3 Standalone est autonome : il intègre un processeur et fait tourner Live sans ordinateur. Le Push 3 en version contrôleur, le Push 2 et tous les Launchpad ont besoin d'un ordinateur, sauf le Launchpad Pro MK3 qui pilote du matériel MIDI grâce à son séquenceur.
Un Launchpad fonctionne-t-il sans Ableton Live ?
Un Launchpad fonctionne sans Ableton Live, comme contrôleur MIDI USB reconnu par d'autres logiciels et par des applications iPad comme Loopy Pro. Ses fonctions les plus abouties restent pensées pour la vue Session de Live.




